

Plongez au coeur des vendanges au Domaine La Royère à Oppède : maturité du raisin, récolte, cépages, cuvées et savoir-faire viticole dans le Luberon.

Passionné depuis toujours, Paul Gillet a suivi plusieurs années d’études jusqu’à l’obtention d’un bac+5 avant de prendre les rênes du Domaine La Royère. Pour lui, une chose est essentielle : faire du vin ne s’improvise pas, cela s’apprend.
La culture de la vigne demande autant de rigueur que de passion. Une exigence qu’il applique à chaque millésime et qu’il transmet, jour après jour, à toute son équipe.
Le mot de Paul
« On est une petite équipe de passionnés, avec l’envie de progresser chaque année. L’objectif, c’est de continuer à gagner en compétences, en qualité, à faire évoluer les cuvées et à ne jamais rester sur nos acquis.
On cherche toujours à faire mieux, à monter en gamme et à tirer le meilleur de chaque millésime. En résumé : essayer de faire le meilleur de soi-même… mais en pinard. »

Il est 5h30 à Oppède, au cœur du Luberon. Pendant que la majorité d’entre nous dort encore, une équipe s’affaire déjà entre les rangs de vigne du Domaine La Royère.
Ce n’est pas un réveil qui sonne tôt par hasard : si l’on vendange en pleine nuit ici, c’est pour une bonne raison.
Paul Gillet, gérant de ce domaine familial, nous invite dans les coulisses de l’une des périodes les plus intenses de l’année viticole.

Première idée reçue à corriger : il n’y a pas de date fixe sur le calendrier qui dit « c’est le moment, on y va ». Chaque parcelle et chaque cépage ont leur propre rythme et, d’une année à l’autre, tout peut changer.
Cette année, par exemple, le domaine a récolté certaines parcelles trois semaines plus tôt que d’habitude, les raisins ayant atteint leur maturité bien plus vite. Une parcelle habituellement vendangée autour du 15 ou du 20 septembre, à 11° ou 12° d’alcool potentiel, a ainsi été récoltée dès le 3 septembre, déjà à 13,5°.
Résultat : les vendanges peuvent s’étaler sur deux semaines comme sur un mois et demi selon les années. Tout dépend de la météo, du cépage et d’un facteur que l’on oublie souvent : l’écart de température entre le jour et la nuit. S’il fait 40 °C le jour et 35 °C la nuit, la vigne peut se bloquer et cesser d’en produire. Ce qu’il faut, c’est un bon delta thermique, d’au moins 10 °C entre le jour et la nuit.

On pourrait croire que la décision de vendanger se prend uniquement avec des machines et des analyses de laboratoire. En réalité, tout commence par la dégustation.
Paul parcourt les rangs, goûte les baies et observe la couleur des pépins. S’ils sont encore verts, ce n’est pas le moment. S’ils sont mûrs, il utilise ensuite un réfractomètre, une petite lunette qui permet de mesurer le taux de sucre et de confirmer ce que la dégustation avait déjà indiqué.
L’analyse en laboratoire vient plutôt en renfort. Pour chaque cépage, il existe une fenêtre de maturité assez précise. La roussanne, par exemple, n’est pas encore vraiment intéressante en dessous de 12° potentiel. Au-delà de 13,5° à 14°, l’acidité chute, ce qui complique la vinification et augmente le risque d’instabilité. Autour de 12,5° à 13°, l’équilibre est idéal.

Dès l’hiver, au moment de la taille, le vigneron commence déjà à déterminer la quantité de raisin que chaque vigne pourra porter. Selon les parcelles, le domaine pratique la taille en gobelet ou en cordon de Royat, deux méthodes qui permettent d’adapter la charge de chaque vigne à ses caractéristiques propres.
Entre juin et juillet, une deuxième estimation vient ensuite affiner la première, en tenant compte de la météo, d’éventuelles maladies (...)
Pour évaluer la récolte à venir, la méthode reste assez artisanale : environ 200 baies sont prélevées dans une parcelle, censées représenter une grappe. Elles sont pesées, puis ce résultat est croisé avec le nombre de pieds et de grappes présents sur la parcelle. Un vrai check terrain, bien avant que le premier grain ne soit coupé.
Sur le domaine, les rendements sont d’ailleurs volontairement limités, autour de 30hl/ha. Un choix qui réduit le volume produit, mais permet d’obtenir des raisins plus concentrés et des vins plus aboutis.
Sur le domaine, vendanges manuelles et mécaniques cohabitent, mais chacune répond à des besoins bien précis.

Le domaine réserve plutôt ce type de vendange aux vins blancs d’entrée de gamme et aux rosés.
Et surtout, la récolte se fait à la fraîche : elle peut commencer entre 2h et 3h du matin et se poursuivre jusqu’à midi ou 13h. Vendanger à basse température permet d’éviter que le jus chauffe et s’oxyde.
Cela permet également de limiter le développement de la laccase, une enzyme qui peut altérer rapidement le jus en présence de botrytis et de chaleur.
Une fois récoltés, les raisins destinés aux blancs et aux rosés passent ensuite au pressoir pneumatique pour le pressurage. Ils fermentent ensuite en cuves thermorégulées et conservent ainsi tout leur potentiel aromatique et leur spécificité.

Elles restent incontournables pour les vieilles vignes et les cuvées haut de gamme. Une machine, aussi performante soit-elle, peut abîmer le feuillage et tasser les sols. Sur certaines vignes âgées de plus de 80 ans, voire centenaires, Paul préfère largement le sécateur.
Concrètement, les vendangeurs avancent rang par rang, coupent les grappes au sécateur puis les déposent dans leur seau à vendange. Une fois rempli, celui-ci est vidé dans une remorque avant que les raisins ne rejoignent la cave.
Cette méthode demande davantage de temps, mais permet de manipuler les grappes avec plus de précaution et de trier directement dans la vigne.
Aujourd’hui encore, environ 60 % de la récolte du domaine est réalisée à la main. Le coût est plus élevé : environ 1 000 à 1 100 € par hectare, contre 400 à 500 € en mécanique. Mais pour certaines cuvées, ce choix reste non négociable.

Le domaine cultive une belle palette de cépages emblématiques de la Vallée du Rhône :
Chaque cépage a sa personnalité et son propre calendrier de récolte. La syrah, par exemple, colore le jus très rapidement : elle est donc davantage réservée aux rouges qu’aux rosés, pour lesquels on recherche au contraire des teintes plus claires.
Le grenache, lui, est un cépage à la fois précieux et capricieux. Il monte rapidement en degré d’alcool, mais son acidité reste plus difficile à stabiliser.
Le domaine préfère donc souvent le récolter un peu plus tôt pour produire des rosés frais et clairs, autour de 13 % d’alcool.
En bref : chaque cépage trouve sa place, selon ses forces, ses limites et le style de vin recherché.
Depuis sa conversion amorcée en 2017 et sa certification biologique obtenue en 2020, le domaine cultive ses vignes sans désherbants ni engrais chimiques de synthèse. Pas de vin dilué à coups d'intrants pour masquer un manque de maturité, mais des raisins travaillés avec exigence (qualité avant quantité), pour révéler leur potentiel naturel.
Leurs cuvées mettent à l’honneur les grands cépages de la Vallée du Rhône, déclinés en vins rouges, blancs et rosés sous les appellations AOP Luberon et IGP Méditerranée et Vaucluse.
Les vins sont régulièrement distingués dans plusieurs concours, notamment le Concours Général Agricole de Paris, le Concours des Vignerons Indépendants et le Concours des Vins d’Orange.
Pour mieux comprendre les appellations et les terroirs du territoire, découvrez les vins du Luberon.

Le Domaine la Royère existe depuis 1988. Fondé par la famille Hugues sur les terres d’Oppède, il s’étend sur une quarantaine d’hectares où se mêlent vignes et oliveraies. Aujourd’hui, Paul Gillet perpétue cet héritage familial, avec la même exigence transmise au fil des générations.
Depuis son acquisition par Yannick et Valérie Panagiotis, le domaine poursuit son développement avec de nouveaux projets autour de l’olivier et de l’huile d’olive.
Le domaine propose aujourd’hui une école dédiée à l’huile d’olive (L'hove), et la saison 2026 sera également marquée par l’arrivée d’un nouveau moulin. D’autres projets sont en cours pour continuer à développer le domaine et ses activités.
Côté backstage, l’équipe compte 4 personnes à l’année. Pendant les vendanges, 10 à 15 personnes intègre l'équipe. Le planning est millimétré : les journées peuvent commencer très tôt et se terminer tard, entre le travail dans les vignes et celui à la cave.
Et les souvenirs marquants ne manquent pas : en 2020 et 2022, deux années de récolte exceptionnelle, la cave était si pleine qu’il a fallu vinifier une partie du raisin directement dans des remorques !

Le domaine se découvre aussi en dehors des vendanges. Tout l’été, au programme : Sunsets Vignerons, concerts et apéros dînatoires, pour profiter du lieu autrement.
Le rendez-vous phare reste les Sunsets Vignerons : chaque mardi soir de fin juin à début septembre, le domaine ouvre ses portes le temps d’une soirée conviviale, entre balade guidée dans les vignes, visite du chai et dégustation de trois cuvées accompagnées d’accords gourmands.
La destination recense un large éventail d’activités autour du vin et de la gastronomie, ainsi que des ateliers de dégustation pour affiner son palais auprès de professionnels.
À Oppède, en plein cœur du Luberon, l'équipe vous accueille toute l’année pour découvrir ses vins et son savoir-faire.
Le domaine est ouvert du lundi au samedi, avec quelques ouvertures spéciales les jours fériés. Le dimanche, place au repos.
Visites et dégustations gratuites, boutique sur place, parking gratuit et accès en fauteuil roulant : tout est pensé pour vous accueillir simplement.
Informations pratiques sur Au cœur des vendanges dans le Luberon
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